Le front social risque de connaitre de fortes turbulences au Sénégal, avec l’annonce d’une grève générale de 72 heures prévue du mercredi 21 au vendredi 23 octobre 2026, à l’appel du Front syndical pour la défense du travail (FSDT).
Ce mouvement qui touche plusieurs secteurs englobe des revendications globales liées notamment à la réintégration des travailleurs licenciés, l’application des accords conclus dans l’éducation, la santé, les collectivités territoriales, la justice et les transports, et le respect des engagements du Pacte social.
Les revendications des syndicalistes portent aussi sur la généralisation de l’indemnité de logement de 100 000 francs CFA aux contractuels concernés, le recrutement de 3 700 agents de santé prévu en 2027 et la revalorisation des pensions de retraite. Le FSDT demande le maintien du contrat à durée déterminée à deux ans au maximum, renouvelable une seule fois, ainsi que la restauration du consensus obtenu sur les codes du travail et de la sécurité sociale. À ces exigences s’ajoutent la baisse des prix des denrées de grande consommation, des loyers et des transports.
Les retards dans l’application du protocole d’accord
Dans le secteur de l’éducation, le G7, une intersyndicale qui regroupe sept organisations syndicales représentatives du secteur de l’éducation et de la formation appelle à une grève totale dans tous les établissements scolaires du pays sur la même période (21 au 23 octobre). Le G7 dénonce aussi les retards dans l’application du protocole d’accord signé avec le gouvernement le 16 avril 2026. Les syndicats évoquent des indemnités impayées, des retards de salaire pour certains enseignants contractuels, et le versement tardif des fonds destinés à la formation diplômante universitaire. Ils estiment que le faible niveau d’exécution des accords menace déjà la stabilité de l’année scolaire 2026-2027, alors que les élèves ont repris le chemin des classes le 12 octobre dernier.
Le malaise ne concerne pas uniquement les enseignants. Dans le secteur de l’Energie, le SUTELEC (syndicat majoritaire de la Senelec) va participer au mouvement de grève pour exiger le paiement immédiat de la prime de rendement et d’autres revendications.
Le gouvernement, avec à sa tête le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô, a entamé des discussions et appelé les syndicats à suspendre le mot d’ordre de grève et à privilégier le dialogue social, sans qu’un accord global n’ait encore permis d’annuler la mobilisation.
Lors de la deuxième réunion du comité de pilotage du Pacte national de stabilité sociale pour une croissance inclusive et durable, tenue le jeudi 15 octobre, le Premier ministre a appelé les partenaires sociaux à observer un moratoire de trois mois sur les grèves annoncées.
Comités de dialogue social
Signé le 1er mai 2025, le Pacte devait offrir un cadre de concertation entre l’État, les organisations syndicales et les employeurs. Dix-sept mois plus tard, sa mise en œuvre peine à dissiper les tensions.
Le Premier ministre sénégalais a également annoncé la création, à partir de décembre, de comités de dialogue social dans tous les ministères. L’objectif affiché est de prévenir les conflits et de faciliter le règlement des différends avant qu’ils ne débouchent sur des mouvements de grève. Le gouvernement invite ainsi les centrales syndicales à poursuivre le dialogue afin de favoriser l’apaisement du climat social et de préserver les acquis du Pacte national de stabilité sociale.
Le difficile contexte économique du pays et les prochains Jeux olympiques de la Jeunesse (31 octobre -15 novembre) devraient inciter a l’apaisement du climat social, selon les autorités officielles.
Mais ces assurances n’ont pas convaincu les organisations syndicales qui ont maintenu leur plan d’action et confirmer la marche nationale du 20 octobre, suivie d’une grève générale de 72 heures. L’EconomisteSénégal


